La bicyclette, petite reine de la ville

Depuis le début de la crise sanitaire, le vélo connaît un développement sans précédent, tant du point de vue du nombre d’usagers que de celui des infrastructures et des politiques urbaines. Mais ces changement sont-ils voués à perdurer ? De nombreux projets de recherche s’intéressent à ces questions, en France mais aussi dans le monde.

Source : La bicyclette, petite reine de la ville | CNRS Le journal

Les mobilités quotidiennes bouleversées par la crise sanitaire : témoignages de la situation vécue par les habitants de Bogotá et Lima

Les habitants de Lima, au Pérou, et de Bogotá, en Colombie, ont expérimenté un bouleversement de leurs mobilités quotidiennes durant le confinement qui s’est étalé de mars à juillet 2020. À travers des chroniques familiales et des entretiens menés à distance, la recherche menée dans le cadre du projet ANR Modural sur les pratiques de mobilité durable explore les perturbations vécues par les individus et leurs familles, dans leurs activités professionnelles comme dans leur vie privée, ainsi que les stratégies adoptées pour y faire face.

Source : Les mobilités quotidiennes bouleversées par la crise sanitaire : témoignages de la situation vécue par les habitants de Bogotá et Lima | Forum Vies Mobiles – Préparer la transition mobilitaire

Déplacements des français vers le travail : 5 enseignements des derniers chiffres de l’INSEE

Comme chaque année, l’INSEE vient de publier au 30 juin 2021 les dernières données du recensement de la population. Parmi la grande quantité d’informations disponibles, l’une d’elles retient particulièrement l’attention des personnes s’intéressant à la mobilité : le moyen de transport principal utilisé par les français pour se rendre au travail.

  1. A l’échelle nationale, le boom du vélo se confirme, la voiture en léger recul
  2. La Guyane, première région cycliste de France
  3. Grenoble confirme son titre de « capitale française du vélo »
  4. Dans les Métropoles, le vélo progresse partout, le recours à la voiture et au 2-roues motorisés recule (presque) partout
  5. La gratuité des transports publics ne nuit pas au vélo, mais plutôt au 2-roues motorisé

Source : Déplacements des français vers le travail : 5 enseignements des derniers chiffres de l’INSEE | Pour une mobilité durable et solidaire | Mathieu Chassignet | Les blogs d’Alternatives Économiques

La Métropole du Grand Paris va se doter de huit lignes cyclables “structurantes” sur 200 km

La Métropole du Grand Paris enclenche la vitesse supérieure pour développer la petite reine sur son territoire. Le 9 juillet, les élus ont adopté le plan vélo métropolitain pour lequel ils ont décidé d’investir 10 millions d’euros par an jusqu’en 2026. La Métropole veut ainsi réaliser “la jonction de tous les plans vélo existants sur son périmètre” et “identifier les continuités cyclables à prioriser“.

Source : La Métropole du Grand Paris va se doter de huit lignes cyclables “structurantes” sur 200 km – Ville, Rail et Transports

Urban access across the globe: an international comparison of different transport modes

Urban Access Across the Globe: An International Comparison of Different Transport Modes.

This impressive study by an international team of researchers, measured the number of jobs accessible within 30 minutes for four travel modes in 117 cities from 16 countries. They find that sprawled America cities provide modest automobile access and relatively poor transit and walking access; Australian and Canadian cities have lower automobile access, but better transit access; while Chinese and European cities tend to have the best overall accessibility due to their combination of compact development and intensive transport network. This indicates that access requires optimal combinations of density and mobility.

Source : Urban access across the globe: an international comparison of different transport modes – s42949-021-00020-2.pdf

Neutralité carbone des villes : le vélo 10 fois plus efficace que la voiture électrique

Extraits :

Dans une nouvelle étude publiée en avril 2021, mes collègues et moi-même avons identifié que les personnes marchant ou faisant du vélo ont une empreinte carbone plus faible lors de leurs déplacements quotidiens, notamment en ville.

[…]

Nous avons suivi 4 000 personnes environ, vivant à Londres, Anvers, Barcelone, Vienne, Orebro, Rome et Zurich. Pendant deux ans, nos participants ont rempli quelque 10 000 carnets de voyage. Ils y ont consigné tous leurs déplacements quotidiens : se rendre au travail en train, emmener les enfants à l’école en voiture, prendre le bus, etc.

Pour chaque trajet, nous avons calculé l’empreinte carbone.

Un résultat nous a plus particulièrement frappés : les personnes qui se déplaçaient quotidiennement à vélo émettaient 84 % moins de carbone que les autres.

Nous avons également constaté que pour une personne passant de la voiture au vélo un seul jour par semaine, la réduction de son empreinte carbone atteignait les 3,2 kg de CO2 ; cela équivaut aux émissions générées par une voiture parcourant 10 km, une portion d’agneau ou de chocolat ou l’envoi de 800 e-mails.

Source : Neutralité carbone des villes : le vélo 10 fois plus efficace que la voiture électrique

Rapport d’étude : The climate change mitigation effects of daily active travel in cities et direct.

Les déterminants du choix modal

Voiture ou train ? Vélo ou bus ? Trottinette ou marche ? Le choix du mode de déplacement s’inscrit dans un enchevêtrement décisionnel relativement complexe, sans doute plus encore aujourd’hui avec la multiplication des offres de services de mobilité. Ce rapport a pour objet de faire le point sur l’état des connaissances scientifiques accumulées sur cette question et de les synthétiser. Identifier les déterminants du choix modal a pour principal intérêt de pouvoir mieux comprendre les pratiques des individus, d’anticiper leurs évolutions et ainsi d’accompagner les politiques publiques de transport et de mobilité.
Les déterminants du choix modal ont été classés en 6 groupes : caractéristiques objectives des modes ; environnement ; psycho-sociologie et représentations ; modes de vie ; caractéristiques individuelles et politiques publiques. Le choix modal n’est jamais le simple résultat d’un raisonnement purement rationnel, fondé sur le temps de parcours ou le coût financier. Si ces deux critères sont des facteurs clés du choix, ils ne sont jamais suffisants à expliquer seuls la décision. Plus intéressant encore, la manière d’appréhender ces critères « objectifs » par les individus est tout à fait subjective : la valeur du temps varie selon les individus et les circonstances, le coût financier d’un déplacement est rarement évalué précisément et n’intègre pas les mêmes paramètres d’un individu à l’autre. Psycho-sociologie et représentations, modes de vie et caractéristiques individuelles peuvent influencer de manière radicale les manières de se déplacer en général et le choix modal en particulier. Par essence multifactoriels, ces déterminants sont souvent difficiles à appréhender et leur impact hasardeux à quantifier. En revanche, il est indispensable de tenir compte de ces différents facteurs « individuels »  car les négliger fait prendre le risque de faire des choix stratégiques de politique de transport qui ne porteront pas leurs fruits autant que l’on pouvait l’espérer voire tout simplement échoueront.
La question des liens entre transport et urbanisme figure parmi les plus importantes que nous ayons présentées dans ce rapport. Cela nous renseigne sur l’impact des choix passés en matière d’aménagement (au sens large, et pour la voirie) sur les choix d’aujourd’hui en matière de mobilité, et nous alerte sur l’importance de faire aujourd’hui les bons choix pour le futur. Nous montrons également que les politiques publiques de mobilité fonctionnent et peuvent produire des résultats, parfois même à court terme. Mais pour cela, il faut d’une part les envisager comme un ensemble cohérent et non comme un empilement de mesures déconnectées les unes des autres. Et d’autre part, il faut les inscrire dans le contexte dans lequel elles s’appliquent, ce qui revient à prendre en compte les facteurs environnementaux et les paramètres individuels.
Le travail présenté ici n’a pas la prétention d’avoir épuisé le sujet des déterminants du choix modal. Il permet néanmoins d’en avoir une vision relativement détaillée et diversifiée à la date d’aujourd’hui. Cette synthèse peut permettre d’éclairer les politiques publiques qui entendent modifier les comportements de mobilité notamment pour tenir compte des impératifs sociaux et écologiques auxquels nous faisons face aujourd’hui.

Source : Les déterminants du choix modal

Rapport : Télécharger

Vêtements high-tech, smartphones intelligents… ces innovations qui vont inonder notre quotidien

Pneus bardés de capteurs
Casques vélos améliorés
Bruit et mobilier urbain
Aéroport, sécurité et big data
Télétravail, outils informatiques et politesse
IA et sécurité du quotidien
Taxi volant dès les JO de Paris 2024 ?

Source : Vêtements high-tech, smartphones intelligents… ces innovations qui vont inonder notre quotidien – Capital.fr

Vélos dans les trains

Les trains neufs ou rénovés à partir de mi-mars devront comporter au moins huit emplacements pour vélos non démontés, selon un décret publié aujourd’hui au Journal officiel. La mesure s’appliquera en particulier aux trains Intercités, aux TGV et aux TER, même si le nombre pourra être réduit à quatre places sur ces derniers. Cette mesure était prévue par la loi d’orientation des mobilités adoptée par le Parlement en novembre 2019.

La voiture reste majoritaire pour les déplacements domicile-travail, même pour de courtes distances

En 2017, 74 % des actifs en emploi qui déclarent se déplacer pour rejoindre leur lieu de travail utilisent leur voiture, 16 % prennent les transports en commun et 8 % ont recours aux modes de transport doux (6 % à la marche et 2 % au vélo). Pour des distances inférieures à 5 kilomètres, la voiture représente encore 60 % des déplacements domicile-travail, même si sa part diminue au profit des modes doux. En cas de petites distances, plus fréquentes pour les habitants de communes-centres, les employés vont plus souvent travailler à pied ou en transports en commun, alors que les cadres ont plus souvent recours au vélo ou aux transports en commun.

Au sein des grandes villes, c’est à Grenoble et Strasbourg que les habitants utilisent le plus les modes doux pour aller travailler, notamment le vélo (17 %).

Entre 2015 et 2020, le recours à la bicyclette pour se rendre au travail a augmenté de 2 points dans les communes-centres, pour atteindre 6 % début 2020. L’utilisation des transports en commun a légèrement progressé dans les pôles des aires d’attraction des villes.

Source : La voiture reste majoritaire pour les déplacements domicile-travail, même pour de courtes distances – Insee Première – 1835

Sécurité routière : pour sauver des vies, privilégions le vélo !

Au Royaume-Uni, des chercheurs ont calculé la dangerosité sur la route que représentait chaque mode de transport vis-à-vis des autres usagers.

Source : Sécurité routière : pour sauver des vies, privilégions le vélo !

Covid et baisse des émissions de CO₂ : une nouvelle étude fait le point secteur par secteur

Avec la pandémie, de nouveaux modes de vie – on pense notamment à la diminution drastique de l’usage des voitures – sont apparus. La distanciation sociale imposée par le Covid-19 change notre façon de vivre et de travailler.

Le nombre de personnes à vélo ou marchant a ainsi connu une envolée inédite. Bogota, Berlin et Vancouver ont élargi leurs voies cyclables. À Paris, un vaste réseau de voies pour les vélos est également en cours d’élaboration.

Mais, une fois passée la crise, le système reviendra-t-il à la « normale » ? Et le devrait-il ?

C’est l’une des nombreuses questions qui émergent à l’heure où l’effet de la pandémie sur les émissions de carbone commence à se préciser.

Au-delà de la pandémie

Dans un article de recherche – publié ce mardi 19 mai 2020 dans la revue scientifique Nature Climate Change –, nous montrons comment le Covid-19 a affecté les émissions de CO2 dans six secteurs économiques (énergie, transport routier, industries, services publics et commerces, residentiel et aviation) à l’échelle mondiale.

Nous avons ainsi découvert que les niveaux d’activité restreints ont entraîné une baisse maximale de 17 % des émissions mondiales quotidiennes début avril, par rapport à 2019.

Ces données sont précieuses à un moment où nous considérons qu’un changement structurel profond est nécessaire pour orienter l’économie mondiale vers la neutralité carbone.

Prenons le cas de nos rues devenues soudain si calmes avec le confinement. La chute du trafic routier est l’un des principaux moteurs de la baisse des émissions mondiales durant la pandémie. Par conséquent, si nous encourageons le vélo et le télétravail au-delà de la pandémie actuelle, nos objectifs climatiques pourraient devenir plus facilement réalisables.

Émissions fossiles quotidiennes mondiales de CO₂, en millions de tonnes. Les lignes en pointillés représentent différents scénarios futurs d’émissions fonction de l’évolution de la pandémie et des niveaux de confinement. CC BY-NC-ND

Des données précises et variées

Chaque fin d’année, nous publions le « Global Carbon Budget », un rapport annuel de référence sur les tendances mondiales et régionales du cycle du carbone. Les circonstances inédites que nous traversons nous ont incités à effectuer une analyse préliminaire.

Cette analyse a consisté à estimer comment la pandémie a pu influencer les émissions quotidiennes de CO2 dans 69 pays – couvrant 97 % des émissions mondiales –, pour six secteurs économiques.

Il a fallu collecter, de façon très détaillée et variée, de nouvelles données à partir de diverses sources pendant la période de confinement. Nous avons, par exemple, examiné l’activité de transport routier et aérien à l’aide des données de trafic fournies par TomTom, de mobilité grâce à Apple Maps ainsi que des données relatives aux décollages d’avions dans les aéroports. Nous avons aussi eu recours à des données quotidiennes portant sur les changements de consommation d’électricité ou l’activité industrielle.

Nous avons ensuite construit un « indice de confinement » – de 0 (pas de confinement) à 3 (confinement le plus strict) – dans chaque pays afin d’extrapoler les données disponibles au niveau mondial.

Le pic pandémique

Début avril 2020, au plus fort de la crise, le recul de l’activité mondiale a entraîné une baisse de 17 % des émissions quotidiennes mondiales – soit 17 millions de tonnes par jour – par rapport à la moyenne quotidienne de 2019.

Au cours de cette période, les émissions quotidiennes totales auront été similaires à celles observées en 2006. Le fait que le monde émette autant, dans des conditions de confinement strict, qu’il y a 14 ans, dans des conditions normales, souligne la croissance rapide de nos émissions de CO2 ces dernières années.

Avec une part de 43 % dans la réduction globale, le trafic routier aura le plus contribué à la baisse des émissions. Parmi les autres contributeurs de poids, on trouve le secteur de la production d’énergie et celui de l’industrie (avec notamment la fabrication de produits et matériaux tels que le ciment et l’acier).

L’ensemble de ces trois secteurs est à l’origine de 86 % de la baisse des émissions journalières durant le confinement.

Ampleur de la baisse des émissions de CO₂ au niveau mondial et par secteur d’activité pendant le confinement. CC BY-NC-ND

Si le secteur de l’aviation a subi une chute quotidienne de son activité de l’ordre de 60 % au niveau mondial – la plus importante baisse de tous les secteurs que nous avons analysés –, sa contribution à la baisse globale des émissions a été relativement faible (10 %), ce secteur ne représentant que 3 % des émissions mondiales.

Comme la majorité des gens sont restés à la maison, nous avons logiquement constaté une légère augmentation (de l’ordre de 5 %) des émissions mondiales du secteur résidentiel.

En France, le confinement a entraîné une baisse des émissions quotidiennes de pointe estimée à 34 %, soit deux fois plus importante que la baisse mondiale de 17 %. Cette baisse provient principalement du secteur du transport routier.

Ampleur de la baisse des émissions de CO₂ pour la France et par secteur d’activité pendant le confinement. CC BY-NC-ND

Les perspectives pour 2020

Nous avons aussi évalué la façon dont la pandémie pourrait affecter les émissions de CO2 pour le reste de 2020 – sachant que cela dépendra de l’intensité et de la durée des restrictions dans les mois à venir.

Si le confinement mondial généralisé se termine vers la mi-juin, nous estimons que les émissions globales de carbone en 2020 chuteront d’environ 4 % par rapport à 2019. Si certaines restrictions restent néanmoins en place pour le reste de l’année, la réduction serait d’environ 7 %. La gamme complète des baisses d’émissions est de 2 % à 13 %, si l’on considère les différents scénarios de pandémie et les incertitudes relatives aux données.

Plaçons ces chiffres dans le contexte du changement climatique. Selon l’Accord de Paris sur le climat et le « Gap Report » des Nations unies, les émissions mondiales doivent chuter de 3 et 7 % par an d’ici à 2030 pour limiter respectivement le changement climatique en dessous de 2 °C et de 1,5 °C. Avec la baisse des émissions prévue cette année suite au confinement, nous pourrions de fait atteindre cet objectif en 2020.

À la croisée des chemins

Stabiliser le système climatique nécessitera des modifications de nos systèmes énergétiques et économiques d’une ampleur extraordinaire – comparable à la perturbation provoquée par Covid-19. Mais comment faire pour que la baisse des émissions en 2020 impulse ces changements nécessaires et durables ?

L’expérience des crises économiques mondiales précédentes indique que, sauf actions concertées, les émissions finiront par rebondir et revenir à peu près aux niveaux d’avant crise.

Mais ce n’est pas une fatalité : le choc du confinement nous offre une occasion de changer les structures qui sous-tendent nos systèmes énergétiques et économiques. Un tel choc pourrait nous engager sur la voie de la décarbonisation de l’économie mondiale.

Évoquons à nouveau toutes ces personnes qui se sont mises récemment à la marche et/ou au vélo. Les gouvernements ne devraient-ils pas se saisir de l’occasion pour encourager et soutenir ces moyens de transport à faibles émissions et les rendre permanents ? Et si nous accélérions aussi le déploiement des voitures, vélos et trottinettes électriques pour élargir les options de mobilité tout en réduisant la pollution des milieux urbains ?

On peut aujourd’hui se féliciter que de nombreux responsables politiques souhaitent prendre une telle direction. La région Ile-de-France s’est par exemple engagée à investir 300 millions d’euros dans un réseau de « RER vélo » de 650 km reliant Paris à sa périphérie.

La crise a ouvert la voie à de multiples autres changements, permettant d’évaluer quels déplacements étaient essentiels et comment la communication à distance pouvait offrir une alternative efficace.

Si la réduction forcée de la consommation de produits et d’énergie pendant le confinement n’offre pas d’incitation directe pour réduire les émissions de gaz à effet de serre à long terme, des modes de production et consommation à plus faible demande énergétique peuvent être atteints, conduisant à un développement plus respectueux de l’environnement tout en préservant le bien-être individuel et l’activité économique.

Nous pouvons revenir rapidement à la « normale », avec des émissions de gaz à effet de serre qui continueront de suivre leur trajectoire. Mais si nous optons pour le changement, 2020 pourrait bien être le coup de pouce inattendu qui renverse à jamais la tendance mondiale des émissions.

Source : Covid et baisse des émissions de CO₂ : une nouvelle étude fait le point secteur par secteur

Le vélo sera au cœur de la mobilité post-confinement

22 avril 2020

Dominique Riou est chargé d’études au département Mobilité Transport de L’Institut Paris Region depuis 1999. Il est ingénieur en génie civil et urbanisme, diplômé de l’Institut national des sciences appliquées (Insa Lyon) et titulaire d’un master en urbanisme (Université Lyon II). Spécialiste de l’ensemble des problématiques urbanisme-transport, il a été en charge de la rédaction du chapitre « transport » du schéma directeur de la région Île-de-France et a pris part à la révision du plan de déplacements urbains d’Île-de-France. Il anime enfin le club mobilité de la Fnau, le réseau national des agences d’urbanisme.

Comment voyez-vous le déconfinement en matière de transports urbains ?

Pour des raisons techniques de reprise du service, mais surtout principalement sanitaires, en raison du respect des règles de distanciation, les transports collectifs ne pourront reprendre pleinement leur rôle dans l’immédiat. La mobilité de déconfinement devrait donc être largement individuelle, c’est-à-dire à pied, à vélo, en deux-roues motorisés ou en voiture.Or, d’ordinaire, ce sont 9,4 millions de déplacements qui sont faits en transports en commun chaque jour en Île-de-France (sur 43 millions de déplacements quotidiens)1, principalement vers et dans le cœur de l’agglomération. Le retour à une mobilité normale va donc se jouer fortement sur la voirie, avec un surcroît de demandes.L’enjeu majeur est qu’il n’y ait pas de perdant, et que le système de transport redémarre au mieux sans laissés-pour-compte. Ce n’est pas évident car de nombreux usagers se partageaient déjà la voirie avant la crise : 17,2 millions de piétons, 130 000 usagers à trottinette, 180 000 en taxis et VTC, 420 000 en deux-roues motorisés, 840 000 à vélo, 3,9 millions de voyageurs en bus et 14,8 millions d’automobilistes.

Faut-il craindre le grand retour de la voiture comme mode de déplacement « protégé » ?

Effectivement, c’est un risque évident. Les rues sont devenues vides de véhicules, ou quasiment, et leurs larges chaussées dimensionnées pour les flots automobiles paraissent démesurées. Dès que les contraintes de circulation seront levées, sans régulation, il est possible qu’elles se remplissent de nouveau rapidement, sauf si le télétravail continue à être pratiqué massivement et durablement. Le scénario d’un retour massif à l’usage de la voiture, notamment de la part d’ex-usagers des transports en commun, risquerait de conduire rapidement à la saturation du réseau et à une dégradation de la qualité de l’air, ce qui n’est absolument pas souhaitable au regard des impacts sur les fonctions respiratoires des personnes malades ou à risque.
Ensuite, ce seul mode de transport, y compris les deux-roues motorisés, est loin de pouvoir répondre au besoin en déplacements de tous. Les gens auront aussi besoin de se déplacer à pied, à vélo, en trottinette. Et dans la configuration actuelle de nos rues, cela va être difficile : les espaces dévolus aux « modes actifs », trottoir et aménagements cyclables, sont presque tous insuffisants s’il faut répondre à une demande plus forte en volume qu’à l’accoutumée, d’autant qu’il restera important de respecter les mesures de distanciation sociale.
Il y a donc un enjeu de rééquilibrage de l’espace public de voirie entre chaussée, aménagements cyclables et trottoir pour que les « modes actifs » puissent, dès les premières périodes de déconfinement, prendre une place importante, voire majeure, dans le retour à la mobilité.

Est-ce une nouvelle opportunité pour le vélo et les grands projets en cours ?

Très clairement, le vélo se présente comme la solution en milieu urbain pouvant aider notre système de transport à répondre globalement au nouveau contexte post-Covid. C’est un mode de transport qui a, à plusieurs reprises, montré sa performance et sa pertinence pour gérer d’importantes demandes de déplacement lors de perturbation des transports collectifs, notamment lors des périodes récentes de grèves.
Le développement du vélo répond également à une demande sociale de plus en plus importante, avec à la clé, des enjeux de santé et environnementaux importants. Sa progression dans la mobilité urbaine des grandes villes est indéniable malgré, parfois, des contextes restant peu favorables. À ce titre, les politiques proactives en faveur du vélo sont souvent récompensées, à partir du moment où elles sont cohérentes dans l’espace et dans le temps, par une augmentation conséquente de l’usage. On compte ainsi quotidiennement en Île-de-France 840 000 déplacements à vélo, soit 30 % en plus depuis 2010, et l’indicateur de trafic vélo de la ville de Paris a triplé en vingt ans. Rappelons que les deux tiers des déplacements des Franciliens font moins de 3 km, et que le vélo a un potentiel fort en Île-de-France pour répondre à ces nombreux déplacements courts.
Alors que dans un premier temps le réseau ferroviaire francilien (train et métro) ne sera pas en mesure de retrouver sa pleine capacité, le vélo apparaît comme le mode individuel permettant une utilisation plus rationnelle et compacte du réseau de voirie. Si une voie urbaine a une capacité de l’ordre de 800 voitures par heure, une piste cyclable de même dimension (3,5 – 4 m) va pouvoir accueillir quatre à cinq fois plus de vélos. Booster le vélo en sortie de confinement apparaît donc comme une des solutions pragmatiques pour que le système de transport collectif se remette en route sans se gripper, laissant au final davantage de place pour le piéton dans une ville restant peu polluée et apaisée.

Qu’appelle-t-on « l’urbanisme tactique » et en quoi peut-il apporter une solution aux questions de transports en temps d’épidémie ?

Concrètement, en sortie de confinement, il s’agit de profiter d’une voirie encore très peu chargée de voitures, pour rapidement donner plus de place aux piétons et aux cyclistes en utilisant des outils simples, peu coûteux et faciles à mettre en œuvre : modification de la réglementation (sens interdit, sens unique, limitation de vitesse) et aménagements à l’aide du matériel réglementaire de signalisation de chantier (bornes, balises, peinture orange). Car une fois que l’on dit qu’il faut donner de la place au vélo, rien n’est encore fait ! Et pourtant, il faut aller vite et bien. Bref, il faut être tactique, efficace et pragmatique, en utilisant un mode de mise en œuvre provisoire et réadaptable si nécessaire. Ces techniques sont déjà utilisées dans les aménagements de voirie, sur des aménagements novateurs, lorsque les références techniques manquent.

Il semble que des villes se soient d’ores et déjà engagées dans cette voie, pouvez-vous nous en dire plus ?

Plusieurs villes et métropoles ont d’ores et déjà mis en place des aménagements provisoires en faveur des cyclistes et des piétons. Face à des chaussées vides, circulées parfois à de trop grandes vitesses par quelques véhicules, et des trottoirs et des pistes cyclables sur lesquels il devient difficile de se croiser en respectant la distanciation, Berlin, Bogota, Oakland, Budapest, Calgary ont opté pour la mise en œuvre d’aménagements provisoires élargissant trottoir et pistes cyclables au détriment de voies de circulation voiture sous-utilisées, voire en fermant complètement certaines rues aux automobiles.
Des villes françaises y réfléchissent2 et plusieurs collectivités, comme Montpellier, Grenoble, Paris, Rennes, Lyon, Nantes, et, en Île-de-France, Montreuil et le département de Seine-Saint-Denis, ont annoncé leur intention de mettre en place des pistes cyclables temporaires.

En décembre dernier, avant la crise du Covid, le Collectif Vélo IdF a proposé un vaste projet d’aménagements cyclables, le RER V, auquel la Région vient d’apporter son soutien. En quoi consiste ce projet ?

Il est plus que jamais d’actualité. Il s’agit d’un réseau cyclable à haut niveau de service et à grande capacité, construit sur le modèle des transports en commun avec neuf lignes cyclables interconnectées reliant les grands pôles régionaux. Cette proposition a d’ailleurs été immédiatement saisie par la Région Île-de-France, et sa présidente Valérie Pécresse, qui vient d’annoncer une participation massive (300 millions d’euros) à son financement.
Les services de la Région, appuyés par L’Institut Paris Region, ont travaillé depuis janvier pour analyser la proposition du collectif et préparer un nouveau dispositif de financement à l’intention des collectivités maître d’ouvrage pour la mise en œuvre de ce RER V. Ces dernières ont toutes été consultées pour affiner les tracés et les priorités.
Une mise en œuvre très rapide des lignes du RER V, de façon provisoire et même partielle, est essentielle pour inscrire fortement et durablement, alors que la circulation est encore faible, le vélo dans le paysage de la voirie urbaine d’Île-de-France à l’instar de ce qui existe dans d’autres grandes villes métropoles européennes comme Berlin, Londres ou Copenhague.
Cette sortie de confinement représente même une opportunité historique, un changement de paradigme, pour faire en quelques mois ce qui, en temps normal, aurait pris des années ou n’aurait jamais peut-être pu être envisagé. Si la fréquentation de ces pistes cyclables provisoires est au rendez-vous, elles pourront alors être pérennisées.

1. D’après l’EGT H2020.
2. Le Cerema a mis en ligne, le 14 avril dernier, une note technique « Aménagements cyclables temporaires et confinement : quelles opportunités ? ».

Source : Le vélo sera au cœur de la mobilité post-confinement

Voir aussi : S’inspirer de l’urbanisme tactique pour adapter les villes à la distanciation sociale

Les Supercykelstier de Copenhague : enseignements pour l’Île-de-France

Note rapide Mobilité, n° 844

Depuis une décennie, les Supercykelstier, littéralement « super pistes cyclables », de Copenhague décuplent la pertinence du vélo dans les transports du quotidien de la région capitale danoise. Elles ont transformé les pratiques de déplacement et créé une nouvelle géographie des mobilités dans cette région de 1,9 million d’habitants. Quelle lecture faire de cette expérience ? Quels enseignements et bonnes pratiques en tirer pour l’Île-de-France ?

Source : Les Supercykelstier de Copenhague : enseignements pour l’Île-de-France

Les ateliers vélo : fabriques d’autonomie et de modes de vie ?

Les ateliers d’autoréparation de vélos se sont multipliés en France depuis une dizaine d’années. Ces collectifs, encore récents, ont été jusqu’à présent très peu étudiés, alors qu’ils constituent des lieux de socialisation dans un contexte où les injonctions au changement, notamment en matière de mobilité, se multiplient pour faire face aux enjeux climatiques. Au-delà du gain d’autonomie permis par l’apprentissage de la pratique de la réparation de son vélo, la participation à ces ateliers engage-t-elle un changement plus global dans le mode de vie des individus et dans leur vision de la société ? Est-elle l’occasion d’une transition vers des modes de vie plus durables ?

Source : Les ateliers vélo : fabriques d’autonomie et de modes de vie ? | Forum Vies Mobiles – Préparer la transition mobilitaire

Comment SNCF Gares et Connexions veut accélérer l’usage des mobilités durables

SNCF Gares & Connexions mène actuellement une réflexion sur comment“simplifier la chaîne de la mobilité des usagers du train”, résume Carole Tabourot, directrice de l’expérience clients et des services, SNCF Gares & Connexions à L’Usine Digitale. Objectif : renforcer les équipements favorisant les mobilités durables et fluidifier les parcours entre ces différents modes.

Pour ce faire, le programme EMA – pour Espace de Mobilité Augmenté – a été créé afin de mettre en place les équipements nécessaires pour favoriser ces modes de mobilités.

224 gares diagnostiquées

Concrètement, SNCF Gares & Connexions a établi un diagnostic sur 224 gares, principalement situées dans des petites et moyennes villes réparties sur l’ensemble du territoire. L’objectif est de multiplier par 2 ou 3 les parts des mobilités douces dans les petites et moyennes gares où 2/3 des déplacements urbains font moins de 3 kilomètres et sont faits à 60% en voiture avec une seule personne.

Mais qu’est-ce qu’une mobilité durable ?

“La première mobilité durable est le train de par sa capacité de transport et le fait qu’il soit principalement électrique”, explique Marie-Caroline Benezet-Lanfranchi, directrice digital & technologies, SNCF Gares & Connexions. Ce train doit être interconnecté avec d’autres mobilités douces, qui permettent de venir et quitter la gare, comme le vélo et ses variantes qu’il soit individuel et partagé, électrique ou non ; la marche et la course pied ; le covoiturage ; ainsi que l’ensemble des mobilités électriques qu’elles soient collectives ou non.

De nombreux éléments ont été recensés : “lieu d’implantation de la gare, forme de la la gare, par où arrive et repartent les personnes en transit, topographie de la ville, équipements de la ville…”, liste Carole Tabourot. De là, SNCF Gares & Connexions peut trouver les moyens de mobilités durables utilisés par les personnes transitant dans cette gare et ceux pouvant éventuellement être mis en avant et favorisés par l’implantation d’équipements spécifiques. Toute cette réflexion est faite en lien avec la ville.

“Le but est d’aller plus loin que mettre des équipements connus au bon endroit en personnalisant en fonction des gares”, ajoute Carole Tabourot. Par exemple, SNCF Gares & Connexions envisage de compléter l’optimisation de ces modes durables par “des services comme des casiers, des équipements pour réparer les vélos et pourquoi pas un café vélo ! On ne s’interdit rien et on regarde au cas par cas”.

Signalétique augmentée

Si le programme EMA n’en est qu’à ses débuts, le diagnostic a été établi pour la plupart des 224 gares et SNCF Gare & Connexions espère équiper d’ici 2 à 3 ans l’ensemble de ces sites. “Les premiers EMA verront le jour en 2020”, ajoute Carole Tabourot.

“Un lien entre le train et les équipements de mobilité douce et active se fera avec de la signalétique augmentée” ajoute-t-elle. Ce fléchage a pour but de fluidifier le trafic. De même, SNCF Gares & Connexions souhaite mettre en avant ces modes de mobilités avec une carte de la ville donnant le temps de parcours à pied et à vélo pour attendre des points d’intérêt définis au préalable avec la municipalité (musée, centre historique, centre commercial, zone d’activité…).

Un challenge de start-up pour trouver des idées

Afin de se donner plus d’idées, SNCF Gares & Connexions a lancé un challenge de start-up et reçu plus de 70 dossiers. Une solution s’est particulièrement distinguée dans chacune des trois catégories et les lauréats sont annoncés lundi 2 mars 2020.

La première catégorie, ‘solution encourageant les modes partagés’, a été remportée par le conteneur maritime recyclée en garage à vélos de Nielsen Concept. La seconde catégorie, ‘solution encourageant les mode doux’, a été remportée par les vélos électriques en libre-service de Zoov. Et la troisième, ‘dispositif data ou digital dont l’objet est de recueillir plus de données ou d’accélérer le processus de traitement des données’, a été remportée par Fluctuo.

Source : Comment SNCF Gares et Connexions veut accélérer l’usage des mobilités durables